Un projet entrepreneuriat qui prend son envol : Wingly

La promotion de l’entrepreneuriat est un nouveau domaine d’intervention pour la Fondation ISAE-SUPAERO. En 2015, la Fondation a soutenu une startup cofondée par Bertrand JOAB‑CORNU, un étudiant de SUPAERO alors en double diplôme à Polytechnique-BerkeleyBaptisée Wingly, le projet entrepreneurial soutenu est une plateforme de co-avionnage permet la mise en relation entre pilotes et passagers.

Catégorie : Bénéficiaires et lauréats

Publié le : 18/05/2016

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Interview de Bertrand JOAB‑CORNU, co-fondateur de Wingly.

Comment vous est venue l’idée de créer Wingly ?

L’idée du coavionnage m’est venue à Supaero que j’ai intégré en 2012. Elle m’est venue en voyant de nombreux amis passer leur licence de pilote PPL subventionnée par l’école. Ils se demandaient alors comment ils allaient pouvoir continuer à financer des heures vol leur PPL en poche mais sans subvention. En effet l’aviation légère est un loisir cher, à 150€ l’heure de vol en moyenne. Avec Wingly nous souhaitons démocratiser ce loisir grâce au partage de frais et de passion. Concernant mon parcours, après deux années extraordinaires à Supaero, j’ai rejoint un double-diplôme d’entrepreneuriat à l’Ecole Polytechnique qui comprenait un semestre à Berkeley. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré mon ami et futur associé, Emeric, un polytechnicien qui pilotait depuis l’âge de 12 ans et qui avait aussi eu l’idée de son côté. Finalement, c’est la rencontre du troisième associé, Lars Klein, que l’aventure a commencé. Lars avait son entreprise de web développement à Berlin, avait aussi eu l’idée du coavionnage de son côté et l’avait posté sur un site internet où nous l’avons rencontré. Après avoir validé une vision commune, nous avons convaincu Lars de venir s’installer à Paris, ce qu’il fit en avril 2015. Depuis nous travaillons avec passion sur le projet en plus de mon master d’entrepreneuriat à Polytechnique qui est le cadre idéal pour lancer sa start-up.

Pouvez-vous nous expliquer comment la plateforme fonctionne ?

Wingly est la première plateforme web de coavionnage d’Europe. Nous rendons accessibles à tous l’aviation légère en mettant en relation pilotes privés et passagers pour qu’ils partagent les coûts du vol. Ces vols sont aussi bien des promenades aériennes touristiques que des vols entre deux villes. Côté pilotes, nous leur permettons de couper leurs coûts par deux voire trois selon le nombre de passagers et de partager leur passion. Côté passagers, nous leur ouvrons les portes de l’aviation légère, milieu trop souvent perçu comme étant réservé à une élite. Une ballade aérienne de 1h au dessus des châteaux de la Loire coute alors 40€ et un aller/retour Paris-Deauville dans les 80€. Au niveau du fonctionnement, les pilotes postent sur notre plateformes les vols qu’ils ont prévu d’effectuer en indiquant le nombre de places disponibles et le prix proposé par place. Nous faisons attention à ce que le pilote paie toujours sa part du vol et que le cadre légal du vol à frais partagés soit respecté. Nous assurons le paiement en ligne et vérifions la licence PPL du pilote ainsi que son certificat médical.

Comment avez-vous financé la création de votre entreprise et à comment avez-vous utilisé la subvention de la Fondation ?

Les étudiants ont rarement des capitaux disponibles. Pourtant le lancement d’une entreprise implique de nombreuses dépenses : marketing, juridique, design, humaines... Nous avons donc mis un peu d’argent personnel puis participé à des concours et sollicité la fondation de l’école. C’est par ces trois biais que nous avons constitué les premiers fonds de Wingly. Et c’est grâce à cela que nous sommes actuellement devant nos concurrents. La France est un beau pays pour lancer son entreprise et les aides de l’état sont nombreuses. Nous avons aussi obtenu une subvention de la banque publique d’investissement et de Zodiac Aerospace dans le cadre du concours Gerondeau. La subvention de la Fondation nous a principalement aidé à financer une campagne de publicité et le salaire d’un stagiaire de Supaero qui a fait sa première année de césure avec nous. C’est pourquoi nous souhaitons remercier la fondation de nous avoir soutenu financièrement dans les premiers !

En quoi le fait d’avoir étudié à l’ISAE-SUPAERO vous aide dans cette aventure ?

Avec Wingly j’ai pu joindre mes deux passions : l’aéronautique et l’entrepreneuriat. Nous sommes en permanence en lien avec le monde de l’aviation légère : les pilotes, la DGAC, la FFA, l’EASA, les meetings/salon aériens. D’une part l’ISAE-SUPAERO m’a donné les connaissances, la culture et la légitimité nécessaire pour ne pas arriver dans ce milieu en étranger et d’autre part l’accès à un réseau unique dans ce secteur. A titre de comparaison, nous avons des concurrents en Allemagne qui sont d’excellents informaticiens mais qui ne viennent pas du monde de l’aéronautique. Nous les avons dépassé en deux mois alors qu’ils s’étaient lancés six mois avant nous sur leur marché national. Bien plus je ne sais si j’aurais eu l’idée dans un environnement différent. C’est aussi à l’ISAE-Supaero que j’ai pu toucher l’entrepreneuriat du doigt pour la première fois en créant avec des camarades l’incubateur de start-up de l’école.

Comment se développe Wingly en France et en Europe ?

Nous sommes heureux de notre développement en France et en Allemagne, nous avons actuellement plus de 10.000 membres sur la plateforme dont plus de 2.000 pilotes, plus de 30.000 fans sur Facebook, nous avons permis à plus de 400 passagers de découvrir l’aviation légère et avons en permanence plus de 250 vols de postés sur la plateforme.  Cependant, nous avons 80% de notre activité en Allemagne. En France nous faisons face à des difficultés réglementaires. Après un lancement réussi à l’été 2016, la DGAC a interdit notre activité, mais nous avons dans le même temps obtenu un feu vert réglementaire en Allemagne, en Suisse et en Angleterre. Nous sommes optimistes sur l’avenir du coavionnage en France et allons continuer notre expansion dans différents pays d’Europe car l’échelle de Wingly est bien européenne.

Faites-vous face à beaucoup de concurrence ? Quelle stratégie avez-vous adopté afin de relever ce défi ?

Sur le point de la concurrence nous essayons d’être paranoïaque. C’est une coïncidence, mais plus de 7 start-up se sont lancées dans le coavionnage en même temps que nous à  l’été 2015 : quatre en France, une Allemagne, une en Italie et une au Portugal. Aujourd’hui nous sommes fiers d’être les leaders avec la plus grosse communauté de pilotes et le plus de vols postés sur la plateforme. Dans le monde du web et de l’économie collaborative la théorie veut que le gagnant soit celui qui a le meilleur produit et qui va le plus vite dans l’acquisition de sa communauté. Et l’acquisition d’une communauté passe par un budget marketing conséquent et bien optimisé. Mais dans notre cas les problèmes réglementaires ont découragé beaucoup de concurrents. Par ailleurs ces challenges administratifs en France nous ont soudé entre concurrents et nous avons beaucoup communiqué avec les autres plateformes pour arriver avec un discours unis devant l’administration.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir  et quels conseils donneriez-vous aux étudiants et aux jeunes diplômés qui veulent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Notre objectif est de faire de Wingly une réussite européenne et de parvenir à redynamiser l’aviation légère actuellement en perte de puissance. Depuis 1990, le nombre d’heures de vol de loisir en France a chuté de 30%, en grande partie suite à l’augmentation du prix du pétrole. Notre ambition est démocratiser l’aviation légère et de représenter le cœur digital de ce secteur.

Comme conseil aux jeunes diplômés futurs entrepreneurs, je donnerais celui de lancer son produit le plus rapidement possible sans avoir peur de le confronter au client. Il est aussi très important de ne pas développer son produit dans son coin et d’avoir peur que quelqu’un pique l’idée. Un bon moyen d’obtenir un bon produit c’est de parler de son idée constamment pour recueillir des retours pertinents. Une plaisanterie dit d’ailleurs : « A quoi reconnaît-on un entrepreneur qui pitch son idée ? Réponse : il ouvre la bouche ! »

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