6 étudiants et diplômés ont simulé pendant 15 jours la vie d’astronautes sur Mars notamment grâce au soutien de l'école et de la Fondation ISAE-SUPAERO.

Rencontre avec Mehdi Scoubeau, jeune diplômé ISAE-SUPAERO et commandant de la mission MDRS 164.

Publié le : 26/04/2016

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Mehdi, pouvez-vous nous décrire votre projet et ses objectifs ?

Nous avons vécu pendant 15 jours dans une base de l’association américaine Mars Society située dans le désert de l’Utah, analogue à celles qui pourraient être construites sur la planète Mars lors des premières missions d’exploration spatiale humaine. Toutes les conditions étaient réunies pour que l’équipage s’immerge dans un environnement éloigné de 400 millions de kilomètres de la Terre : paysage rocheux et aride semblable aux photos envoyées par le rover Curiosity depuis la planète rouge, isolement de la station, habitat de 8 m de diamètre, sorties hors de la base vêtus d’un scaphandre, eau et nourriture rationnées… 

L’association Mars Society nous a confié les rênes de cette mission après le succès d’une première expérience en 2015, au cours de laquelle nous avions intégré avec un camarade de promotion, un équipage international.

Pour cette mission, nos objectifs étaient variés : recherche scientifique sur les facteurs humains, l’astronomie, les sciences de la Terre, les technologies, la géologie, récolte de données psychologiques, conduite d’expériences en milieu extrême, mais aussi sensibilisation du grand public à l’exploration spatiale.

D’un point de vue scientifique, les données recueillies par les équipages sont mises à disposition des agences spatiales pour la préparation des futures missions d’exploration spatiale humaines vers Mars. L’une des expériences que nous avons menées sera d’ailleurs embarquée par Thomas Pesquet, diplômé SUPAERO et astronaute de l’ESA, dans la station spatiale internationale en 2016.

Que vous a apporté cette expérience ?

Ce fut vraiment une aventure humaine hors du commun, à travers le travail d’équipe, la gestion du leadership, la collaboration internationale, la vie en communauté, qui a été possible grâce au soutien de plusieurs partenaires, dont la Fondation ISAE-SUPAERO. Même si le confinement a pu entrainer parfois quelques frictions, la cohésion dans l’équipe est restée forte et ce jusqu’à la fin de la simulation. Ce fut aussi une occasion inédite d’appliquer nos connaissances scientifiques et techniques, avec notamment la conduite de nombreuses expériences.

Le bilan est donc très positif. Tous les objectifs fixés ont été remplis et la Mars Society nous a félicités pour le bon déroulement de la mission. Un nouvel équipage 100% ISAE-SUPAERO se prépare déjà pour la mission de l’an prochain. La relève est assurée !

Quels sont les moments qui vous ont le plus marqué ?

Pendant la mission, un filtre de la pompe nous fournissant de l’eau potable s’est révélé défectueux et nous devions trouver nous-même une solution pour le réparer. Nous avons eu l’idée d’utiliser l’imprimante 3D de la base pour concevoir une pièce semblable et avons réussi à résoudre le problème. Ce fut un beau succès collectif. 

Je me souviens aussi particulièrement du passage de témoin avec l’équipage suivant. Sept nationalités étaient rassemblées ce jour-là dans la station. Ce sont ces instants qui nous rappellent, s’il le fallait, que la collaboration internationale est la clé de l’exploration spatiale.

Dans quelle mesure des missions de simulation comme celle-ci  contribuent à rendre possible l’exploration humaine de Mars ?

Il reste des barrières technologiques et psychologiques à dépasser avant qu’on puisse envoyer un jour un homme sur Mars. Les expériences qui sont réalisées lors de ces simulations permettent d’acquérir de l’expérience dans l’écriture de protocoles, de se préparer aux contraintes imposées par le confinement, le délai de transmission, les aspects pratiques des sorties extravéhiculaires.

L’étude de la psychologie d’un équipage vivant confiné avec un contact limité avec l’extérieur est également une étape cruciale. Celle-ci étant complexe, la multiplication des expériences sur des durées variées permet d’affiner le profilage des équipages qui seront envoyées sur Mars.

Enfin, au même titre que les missions à bord de la station spatiale internationale, ce type de mission contribue à sensibiliser le public à l’exploration spatiale humaine, à travers une collaboration internationale. Or, l’adhésion du public sera également une donnée clef pour la réussite d’une mission habitée vers Mars.

Vous êtes tous passionnés par l’exploration spatiale, quels sont vos projets professionnels ?

L’exploration spatiale est en effet une passion commune pour l’ensemble des membres d’équipage. Nous avons tous des profils solides qui nous permettront d’accéder à des postes passionnants dans le domaine spatial.

Deux membres de l’équipage poursuivent actuellement leur cursus en Russie, un autre commence bientôt une carrière au sein d’Airbus Defense & Space. Pour ma part, je suis actuellement en formation à l’Agence Spatiale Européenne en Allemagne.

source : www.isae-supaero.fr

 

 

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